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Les lettres de Madame de Sévigné

   Extraits de la correspondance de Madame de Sévigné.

Lettre de Madame de Sévigné à sa fille Madame de Grignan
21e juin 1671 aux Rochers

 (...) nous admirons, l'abbé et moi, la bonté de votre tête sur les affaires ; nous croyons voir que vous serez la restauratrice de cette maison de Grignan: les uns gâtent, les autres raccomodent; mais surtout il faut tâcher de passer sa vie avec un peu de joie et de repos ;
mais le moyen, ma bonne quand on est à cent mille lieux de vous ? (...) Vous connaissez les Rochers, et votre imagination sait un peu ou me prendre:pour moi je ne sais ou j'en suis; je me suis fait une Provence, une maison à Aix, peut être plus belle que celle que vous avez; je vous y vois, je vous y trouve. Pour Grignan, je le vois aussi; mais vous n'avez point d'arbres, ni de grottes pour vous mouiller ; je ne vois pas bien ou vous vous promenez ; j'ai peur que le vent ne vous emporte sur votre terrasse:si je croyois qu'il vous pût apporter ici par tourbillon, je tiendrois toujours mes fenêtres ouvertes, et je vous recevrois, Dieu sait ! Voilà une folie que je pousserois loin; mais je reviens, et je trouve que le château de Grignan est parfaitement beau: il sent bien les anciens Adhémars. (...)
à ma très bonne et très-belle, dans son château d'Apolidon.

 

Lettre de Madame de Sévigné à sa fille Madame de Grignan
Aux Rochers dimanche 28e juin 1671

(...) mais la Providence, qui a mis tant d'espaces et tant d'absences entre nous, m'en console un peu par les charmes de votre commerce, et encore plus par la satisfaction que vous me témoignez de votre établissement et de la beauté de votre château : vous m'y présentez un air de grandeur et une magnificence dont je suis enchantée. (...)

Lettre de Mme de Sévigné à sa fille
Aux Rochers le 15e juillet (1671)

Si vous n'étiez point grosse et que l'hippogriffe fût au monde, ce seroit une chose galante, et à ne jamais l' oublier que d'avoir la hardiesse de monter dessus pour me venir quelquefois.Hélas ! ma bonne, ce ne seroit pas une affaire; il parcourt la terre en deux jours; vous pourriez même quelquefois venir dîner ici et retourner souper avec M. de Grignan;ou souper ici à cause de la promenade, ou je serois bien aise de vous avoir, et le lendemain vous arriveriez assez tôt pour être à la messe dans votre tribune (...)

Lettre de Mme de Sévigné à sa fille Mme de Grignan
A Vitré, ce 16e août (1671)

(...) Autant qu'un voyage peut être sûr, celui de Provence l'est pour l'année qui vient. Ma chère enfant, gouvernez vous bien entre ci et là : c'est mon unique soin, et la chose du monde dont je vous serai la plus sensiblement obligée (...)

 

Lettre de Madame de Sévigné à sa fille Madame de Grignan.
Aux Rochers, ce 2e Octobre (1675)

Je suis fort aise que vous dormiez à Grignan, et que vous n'y soyez pas dévorée.Pensez vous que vous soyez seule en peine d'une santé? Je songe fort à la vôtre. Vos fleurs et vos promenades me font plaisir. J'espère que j'aurai des bouquets de ce grand jardin que je connois. J'avois dessein de vous demander un peu de vos bons muscats : quelle honte de ne m'en (plus) offrir ! mais c'est qu'ils ne sont pas encore mûrs.

Lettre de Me de Sévigné à Monsieur de Coulanges son cousin.
Aux Rochers 22e de juillet (1671)

(...) Savez vous ce que c'est que faner ? Il faut que je vous l'explique: faner c'est retourner le foin en batifolant dans une prairie ; dès qu'on en sait tant on sait faner.

Lettre de Me de Sévigné à Coulanges (Marquis de Coulange son cousin)
9 septembre 1694.

Ce que vous mettez pour adresse sur votre dernière lettre, en disant adieu à tous ceux que vous nommez, ne vous a brouillé avec personne : Au château royal de Grignan. Cette adresse frappe et donne tout au moins le plaisir de croire que dans le nombre de toutes ces beautés dont votre imagination est remplie, celle de ce château qui n'est pas commune, y conserve toujours sa place et c'est un de ses plus beau titre. Ce vilain degré par ou l'on montait dans la seconde cour, à la honte des Adhémar, est entièrement renversé et fait place au plus agréable qu'on puisse imaginer ; je ne dis point grand ni magnifique, parce que, ma fille n'ayant pas voulu jeter tous les appartements par terre, il a fallu se réduire à un certain espace, ou l'on a fait un chef-d'oeuvre.Le vestibule est beau, et l'on peut y manger fort à son aise. On y monte par un grand perron. Les armes de Grignan sont sur la porte (...)

Lettre de Madame de Sévigné à Mme de Guitaut (comtesse de guitault)
20 juillet 1694

Je partis le onzième de Mai, j'arrivai à lyon le onzième jour, et je m'y reposai trois jours, je m'embarquai sur le rhône, et je trouvai le lendemain, sur le bord de ce beau fleuve, ma fille et M. de Grignan, qui me reçurent si bien et m'amenèrent dans un pays si différent de celui que je quittais et ou j'avais passé que je crus être dans un château enchanté. Enfin Madame jugez en, puisqu'il n'y voit ni misère ni famine, ni maladies, ni pauvres. On croit être dans un autre monde (...)

Lettre de Mme de Sévigné
5 Avril 1690

Je reviens à vos dévotion, à votre beau et magnifique chapitre. Je serai fort sensible à cette sainte et solide grandeur, et puisqu'il est fait, il le faut préférer à dix mille livres de rente. C'est une très grande distinction. Je voudrais bien avoir été à vos ténèbres; j'ai très bonne opinion de la musique de M. de Grignan.

Lettre de Mme de Sévigné
24 juillet 1680

Je vois d'ici votre belle terrasse des Adhémars, et votre clocher que vous avez paré d'une balustrade qui doit faire un très bel effet; jamais clocher ne s'est trouvé avec une telle fraise (...)

Lettre de Mme de Sévigné à Coulanges
9 septembre 1694

Mais puisque nous y sommes, parlons un peu de la cruelle et continuelle chère que l'on y fait, surtout en ces temps ci. Ce ne sont pourtant que les même choses que l'on mange partout. Des perdreaux, cela est commun, mais il n'est pas commun qu'ils soient tous comme lorsque à Paris chacun les approche de son nez avec une certaine mine, et criant:" Ah! quel fumet! Sentez un peu. "Nous supprimons tous ces étonnements. Ces perdreaux sont nourris de thym, de marjolaine, et de tout ce qui fait le parfum de nos sachets; il n'y a point à choisir (...)
Pour les melons les figues et les muscats, c'est une chose étrange: si nous voulions, par quelque bizarre fantaisie, trouver un mauvais melon nous serions obligés de le faire venir de Paris; il ne s'en trouve point ici. Les figues blanches et sucrées, les muscats comme des grains d'ambre que l'on peut croquer, et qui vous feraient fort bien tourner la tête si vous en mangiez sans mesure, parce que c'est comme si l'on buvait à petits traits du plus exquis vin de Saint-Laurent (...)

Lettre de Madame de Sévigné à Coulange
3 février 1695

Mme de chaulnes me mande que je suis trop heureuse d'être ici avec un beau soleil; elle croit que nos jours sont cousus d'or et de soie. Hélas mon cousin, nous avons cent fois plus froid ici qu'à Paris. Nous sommes exposés à tous les vents. C'est le vent du midi, c'est la bise, c'est le diable, c'est à qui nous insultera; ils se battent entr'eux pour avoir l'honneur de nous r enfermer dans nos chambres. Toutes nos rivières sont prises, le Rhône, ce Rhône si furieux n'y résiste pas. Nos écritoires sont gelées ; nos plumes ne sont plus conduites par nos doigts, qui sont transis. Nous ne respirons que la neige; nos campagnes sont charmantes dans leur excès d'horreur. Je souhaite tous les jours un peintre pour bien représenter l'étendue de toutes ces épouvantables beautés.Contez un peu cela à notre duchesse de Chaulnes, qui nous croit dans ces prairies, avec des parasols, nous promenant à l'ombre des orangers.